Carnets d’adresses à Tel Aviv

De prime abord, Tel-Aviv peut paraître déroutante. Cité balnéaire où la mer est délaissée par une partie de la population. Métropole proche-orientale où les influences occidentales sont fortes. Ville méditerranéenne au climat subtropical. Petite-grande ville ou grande-petite ville, Tel-Aviv est un véritable oxymore urbain à tel point que, lorsqu’on s’y trouve, on peut facilement y perdre ses repères sans vraiment être complètement perdu. Et pourtant, en n’étant ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, elle a créé sa propre identité. Une identité en perpétuel changement.
À l’héritage européen des origines se sont associées au fil des ans des influences américaines et orientales de plus en plus marquées. Il en résulte un joyeux balagan qui ne cesse de se métisser et contribue à rendre Tel-Aviv si particulière. Vous vous en rendrez rapidement compte dans tout ce qui touche de près ou de loin à la culture, de la cuisine à la musique, en passant par la mode ou la sociabilité. Créée en 1909, Tel-Aviv se devait d’incarner une certaine modernité urbaine. Elle reste, depuis, profondément marquée par ce principe fondateur. Ici, la nouveauté est hautement valorisée, ce qui se traduit par une créativité débridée. Cela dit, la nouveauté n’est pas forcément synonyme d’amnésie. C’est même plutôt l’inverse et la jeunesse locale se plaît à valoriser les multiples héritages culturels de son histoire familiale tout en les mêlant aux tendances actuelles. Bref, ici, attendez-vous à de multiples voyages dans le voyage !

C’est son intérêt pour le mouvement des cités-jardins et l’architecture des années 1930 qui a amené Rémi à découvrir Tel-Aviv pendant ses études d’urbanisme. Il a tissé, au fil des ans, une relation intime avec cette ville contrastée dont il explore avec passion les moindres recoins pour mieux en partager les charmes secrets et différentes facettes.

Le carnet d’adresses 

Tel Aviv culturelle

Contrairement à Jérusalem et son offre culturelle assez institutionnelle, Tel-Aviv se caractérise par une scène artistique plus informelle. Certes, on y retrouve des institutions culturelles incontournables comme le centre de danse Suzanne Dellal, le théâtre Habima ou l’orchestre philharmonique d’Israël, mais l’essentiel de la création est ailleurs. Galeries d’art indépendantes, street parties improvisées, DJ set dans un petit bar, installation artistique dans une maison délabrée, performances en plein air font battre le pouls de la culture à Tel-Aviv. Cette approche de l’art s’exprime également sur les murs de la ville à travers le streetart qui est omniprésent, en particulier dans le sud et le centre. L’intensité créatrice est telle que les streetartistes se répondent même les uns aux autres par oeuvres interposées. Esthètes, il ne vous reste plus qu’à vous perdre dans ce foisonnement culturel !

Un incontournable

Musée d’Art de Tel Aviv

Plus modeste que son cousin yérosolomitain, le musée d’art de Tel-Aviv n’en reste pas moins l’un des plus intéressants du pays. Il vous séduira notamment par son côté exhaustif. Tous les grands mouvements de la fin du xixe à la fin du xxe  siècle y sont représentés par quelques oeuvres de leurs principaux représentants. Plutôt pas mal s’y l’on souhaite se faire une petite remise à jour en histoire de l’art. Pour vous familiariser avec l’art israélien contemporain, je vous conseille vivement de vous rendre à l’aile Herta et Paul Amir. Conçue par l’architecte Preston Scott Cohen et inaugurée en 2011, cette aile déploie sur cinq étages des collections relatives à la photographie, à l’architecture et aux installations.

Lundi, mercredi, samedi 10 h-18 h – Mardi, jeudi 10 h-21 h – Vendredi 10 h-14 h
50 NIS, Senior 25 NIS, -18 ans gratuit
27, boulevard Sha’ul HaMelech – Lev Ha’ir
Bus 9, 18, 28, 70, 90, 111 : Beit Hamishpat / Sderot Shaul Hamelekh
www.tamuseum.org.il/en/default.aspx

Le + insolite

Bauhaus Center

Fondé en 2000 par trois férus d’architecture, il a joué un rôle dans la reconnaissance de Tel-Aviv comme une ville exceptionnelle en matière de patrimoine architectural et urbanistique moderne. Aujourd’hui, le centre se présente comme une sorte de tiers-lieu aux activités éclectiques. Au sous-sol, on retrouve une petite galerie, à l’étage, une mini librairie spécialisée en urbanisme et architecture, et au rez-de-chaussée, une boutique d’articles ayant un lien de près ou de loin avec l’architecture moderne et le design israélien.

Samedi-jeudi 10 h-19 h 30 / Vendredi 10 h-14 h 30
Tote bag 45 NIS / Sous-verre 30 NIS / Mug 55 NIS / 77, rue Dizengoff – Lev Ha’ir
Bus 5 : Dizengoff–Bar Kokhba

Les Boutiques de Tel Aviv

À Tel-Aviv, les petites boutiques d’artisans et de créateurs sont liées à l’histoire sociale de la ville. Créateurs indépendants, joailleries artisanales, papeteries locales, gargotes familiales font donc partie de son paysage depuis sa création et concourent à rendre Tel-Aviv à la fois humaine et attachante. Aujourd’hui, les jeunes se sont réappropriés cet héritage et l’actualisent grâce aux influences multiples du pays et l’ouverture de la ville sur le monde. Tel-Aviv suit les tendances, certes, mais a aussi sa propre esthétique, savant mélange de décontraction et de style. Cela dit, l’expérience shopping ne s’y limite pas à la mode. Les gourmands prendront plaisir à arpenter les différents shouks (marchés) de la ville qui sont revenus sur le devant de la scène ces dernières années en proposant des produits de plus en plus qualitatifs et originaux.

Une adresse incontournable

Shuk Hacarmel

Le shuk ( prononcez « chouque », q ui veut d ire « marché » en hébreu) ha carmel est purement et simplement LE marché de la ville. Hyper central et relativement étendu, il vous sera difficile de ne pas tomber dessus. Et sincèrement, c’est une expérience à part entière pour qui veut voir un autre visage de Tel-Aviv ! Dénigré pendant de nombreuses années, le shuk Hacarmel semble retrouver une nouvelle jeunesse. Restaurants branchés et boutiques spécialisées commencent à côtoyer les traditionnels stands de fruits et légumes ou d’articles religieux. Le marché se compose d’une allée centrale où les échoppes se succèdent, regroupées par spécialités. S’il est relativement impoli de marchander en Israël, au shuk  c’est la règle pour les articles dont les prix ne sont pas affichés. Évitez les commerces proches d’Alenby car ils ont tendance à être plus chers. Et surtout, il faut que vous alliez explorer les rues adjacentes. On y trouve des petits cafés et restos très sympas.

Dimanche-jeudi 8 h-18 h / Vendredi 8 h-16 h
Rue Hacarmel – Kerem ha temanim
Bus 3, 4, 104, 204 : HaCarmel market / Alenby
Le terminal de bus Ha karmelit dessert également le sud du shuk

Le + insolite

Under 1000 Gallery

Avec ses ateliers abandonnés, ses terrains vagues et ses loyers modérés, le quartier de Florentin est devenu en quelques années l’épicentre de la création artistique alternative. Il suffit de se promener dans ses ruelles pour s’apercevoir que le street-art y est omniprésent et fait entièrement partie de son identité. Cet élan créatif a favorisé l’émergence de galeries mettant les artistes de rue à l’honneur. Parmi elles, la Under 1000 Gallery se distingue en n’exposant que des street-artistes locaux bien connus des Tel-Aviviens tels que Dede, Dioz ou Poly Max. Installée dans une vieille maison de la rue Abarbanel, elle déploie au fil de ses pièces les créations de ces noms devenus incontournables sur la scène locale et fait découvrir les talents émergents.

Samedi-jeudi 10 h-20 h – Vendredi 10 h-16 h
À partir de 200 NIS
60, rue Abarbanel – Florentin
Bus 40 : Eilat / Chelouche
Facebook : @less1000 

Sortir à Tel Aviv

Tel-Aviv fait partie, aux côtés d’Istanbul et de Beyrouth, des hot spots du Proche-Orient. Partageant avec ses voisines une histoire mouvementée, elle a développé une vie nocturne particulièrement riche, fortement teintée d’hédonisme. Toutefois, sa taille plus réduite crée une énergie particulière. On se rend facilement à pied d’un point à un autre sans vraiment s’en rendre compte, distrait ici par un bar, là par un restaurant. Surnommée « la ville qui ne dort jamais », vous trouverez forcément des commerces ouverts quelle que soit l’heure de la nuit, de la simple makolet (épicerie) au resto en passant par les incontournables kiosques. Cette profusion de lieux de sorties n’en a pas pour autant entravé la qualité. Au contraire même ! Les scènes culinaires et musicales, notamment, sont en pleine ébullition, ayant trouvé à Tel-Aviv un terrain d’expérimentation particulièrement fertile.

Teder  ©Tamar Shamir

Deux adresses incontournables

The Block

La première fois que je suis allé au Block, c’était surtout par curiosité. L’idée d’une boîte de nuit installée dans l’une des plus grandes (et des plus étranges) gares routières du monde me semblait particulièrement séduisante. Comment un gigantesque monstre de béton attirant une grande partie de la misère de la ville pouvait abriter la boîte la plus pointue de Tel-Aviv ? Une fois sur place, en sentant les murs et le sol vibrer dans la pénombre, je me suis dit que l’endroit avait clairement le potentiel d’être l’un de ces clubs pour lesquels on ressent un coup de foudre instantané. Et c’est ce qui s’est passé… La boîte comporte deux salles : la principale et une seconde, plus intimiste, qui joue les prolongations jusqu’au lever du soleil. Que ce soit le lieu en luimême, les lumières, le système de son, les DJs invités (comme Carl Craig), tout concoure à faire du Block un pur cocktail jubilatoire. Le week-end, seuls les sherut desservent la gare. Les plus fréquents sont le 4 et le 5. Sinon, n’hésitez pas à prendre un taxi car le quartier peut être un peu impressionnant la nuit (mais plus de peur que de mal, Tel-Aviv étant malgré tout une ville très sûre).

Jeudi-vendredi 23 h 30-8 h
Prix selon les soirées 60-120 NIS
157, boulevard Salameh (au rez-de-chaussée de la gare routière) – Neve Shaanan
www.block-club.com

Port Saïd

En passant du côté de la grande synagogue en soirée, vous risquez d’être intrigué par la foule se trouvant à proximité. Les jeunes Tel-Aviviens seraient-ils subitement devenus religieux ? On suppose plutôt qu’il doit y avoir un resto ou un bar qui vaut probablement le coup. Assez rapidement, on s’aperçoit que c’est effectivement le cas. La simple vue des assiettes débordant de couleurs et des petites touches faisant la différence (ah, le zaatar et l’huile d’olive sur le houmous !) nous indique, qu’une fois de plus, la jeunesse locale ne s’est pas trompée. À l’oeuvre derrière ce lieu fort sympathique, Eyal Shani, un chef super star en Israël, qui a souhaité rendre à la street food ses lettres de noblesse. Après votre première bouchée d’aubergine grillée, vous conviendrez que le pari est réussi. Si vous voulez avoir une table, je vous conseille d’arriver vraiment tôt. Bon à savoir, Eyal Shani a également deux autres restos : Romano et Miznon.

Samedi-jeudi 12 h-3 h / Vendredi 12 h-19 h
Le menu change tous les jours / Environ 30 NIS le mezzé
5, rue Har Sinaï – Lev Ha’ir
Bus 4 : Great Synagogue / Alenby
Facebook : @theportsaid

Port Said Restaurant, Tel Aviv, in the shadow of the Great Synogogue of Tel Aviv (© Ted Eytan)

Une adresse insolite

Sputnik Bar

Caché au bout d’une petite allée donnant sur Allenby, le Sputnik Bar vous charmera par sa cour, sa déco rétro-futuriste et la qualité des DJs invités. Fait rare dans une ville dominée par l’électro, ce lieu fait la part belle au hip hop.

Samedi-jeudi 19 h-7 h – Vendredi 21 h-9 h
Pinte de bière 30 NIS environ
122, rue Allenby – Lev Ha’ir Bus 3 : Allenby / Sderot Rothschild
Facebook : @sputnikTLV

Loisirs et activités à Tel Aviv

Quand on habite une ville aussi solaire que Tel-Aviv, difficile de résister à l’appel du plein air. Cette passion pour l’extérieur se décline sous plein de formes différentes : sports, terrasses, marchés de plein air, boulevards arborés et bien sûr, plages. Le littoral de la ville a été aménagé de part en part et il est possible de parcourir ses 14 kilomètres à pied ou à vélo. En chemin, on prend plaisir à s’accorder des pauses bien méritées dans l’un des nombreux bars de plage ou en se rafraîchissant dans les ondes azuréennes de la Méditerranée. Côté terre, les quartiers du Lev Ha’ir, inspirés du concept des cités-jardins, déploient une végétation luxuriante où il fait bon se promener. Le climat et l’esprit des fondateurs de la ville ont créé un lifestyle particulier, à la fois speed et nonchalant, dans lequel on se plonge avec délice.

Alma beach

L’ incontournable

La promenade Street-Art

Pendant Shabbat, alors que la moitié de la ville est assoupie, je vous conseille d’aller à Florentin pour découvrir ce que Tel-Aviv fait de mieux en matière de street-art. Vous pouvez commencer votre promenade par le nord de la rue Abarbanel, dont les entrepôts et ateliers sont recouverts d’oeuvres tantôt amusantes tantôt émouvantes, mais toujours esthétiques. Si vous vous aventurez dans le réseau des ruelles adjacentes – et au sud de la rue Salameh – vous n’en finirez pas de découvrir de nouvelles oeuvres juxtaposées les unes aux autres ou parfois simplement superposées, telles un palimpseste urbain. La rue Hamekhuga, notamment, en est un parfait exemple, même si les oeuvres tendent à disparaître à mesure que le quartier se gentrifie.

– Florentin Bus 40, 240 : Eilat / Chelouche

Le plus insolite

La plage gay de Tel Aviv

En quelques années, Tel-Aviv est devenue une destination très gay friendly. Si le passage de la Gay Pride à la Pride Week n’y est pas pour rien, la mentalité très libérale de la ville non plus. Ici, les familles homoparentales emmenant leurs enfants au parc pendant Shabbat font partie du paysage. Rien d’étonnant donc, à ce qu’une plage gay s’y soit développée. Située au pied de l’imposant hôtel Hilton, cette plage dispose des équipements habituels (bar, douches et ombrières en bois). On y vient donc plutôt pour l’ambiance.

– Hatsafon
Bus 100 : Hilton

 

À lire : Tel Aviv l’essentiel, par Rémi Manesse

Auteur Nomade expatrié